Migros Magazine
04 juillet 2016

Une fan de costumes

Elle ne lâche pas le fil qui la relie au monde du spectacle. Costumière pour le théâtre et le cinéma, Nadia Cuénoud tient boutique et atelier à Cully (VD). En toute discrétion.

De fil en aiguille
Le premier geste qu’elle fait en arrivant au travail, c’est de nouer un tablier noir autour de sa taille. Une façon de donner un rythme à la journée et de délimiter les espaces: son appartement est juste en dessus de son atelier. Un atelier hors norme puisqu’il est situé dans une chapelle du XIVe siècle, avec sa lumière en auréole et son vitrail violacé.

C’est donc là, en plein cœur de Cully, que Nadia Cuénoud, 51 ans, voyage à travers les tissus. Les cheveux en chignon, l’allure énergique, elle tient l’aiguille d’une main sûre. Costumière pour le cinéma, le théâtre, les musées, ce sont des kilomètres d’étoffes déployées, découpées, cousues en trente ans de métier. Elle a côtoyé Kieslowski pour Rouge, tourné au Cambodge, mis le nez dans le ruisseau avec Sami Frey et Jean-Philippe Ecoffey. Collaboré avec Béjart pendant deux ans. Les grandes marionnettes de la Fête des vignerons en 1999, c’est encore elle.

Oui, elle aime la couture. Mais son rêve de gosse, c’est d’abord le théâtre. «Je suis entrée dans le métier par ce biais-là. Ce sont les textes, la littérature qui m’ont amenée à la création de costumes.» Un métier passion qui l’emmène cet été sur la piste de Henning Mankell, en vue d’une pièce de théâtre autour de ses polars. «Je pars en Suède pour me mettre dans le bain avec l’équipe. C’est la belle partie du job!»

9h Gym
«J’essaie de faire quelque chose de régulier chaque semaine. De m’imposer une discipline. Alors je fais une heure et demie de gym avec une prof très sympa: cardio, stretching, c’est très complet. Et ça me donne de l’énergie pour la journée!»

10h Costumes
«Parfois, je peux garder les costumes. Comme cette cape, entièrement doublée, ce prototype de corset et cette robe réalisée pour Rencontre, un spectacle de François Rochaix. Comme l’histoire se passait au XVIe siècle, je me suis inspirée d’un tableau de Vermeer pour l’imaginer.»

11h Vintage
«Là, c’est une robe vintage des années 50, que l’on m’a donnée et dont je peux m’inspirer pour d’autres créations. Quand j’ai le temps, j’accepte des commandes privées. Il m’arrive aussi de faire des vêtements pour des jeux de rôle.»

13h Lecture du passé
«Pour certains costumes ambiance 1900, comme ceux de la pièce de Feydeau qui va se monter cet automne, je dois faire des recherches dans des ouvrages spécialisés. Le livre du photographe August Sander, sorte de portfolio archétypal du siècle passé, est une bible pour moi.»

14h Soie rose
«J’ai peu de temps pour réaliser trois robes pour un mariage… Ce sont trois modèles différents, mais dans le même tissu de soie rose. Il fallait que ça fasse ambiance grecque, estivale… Ça va me prendre plusieurs jours par robe!»

18h Méditation
«Comme je suis à deux pas du lac, j’aime bien m’y baigner ou m’y promener. Je trouve le calme, le repos, la nature, la lumière. J’en ai besoin après la concentration de l’atelier. Mais il faudrait que les journées aient trente heures au lieu de vingt-quatre! Je n’arrive pas, hélas, à y aller tous les jours…»

Texte: Patricia Brambilla
Photos: Stéphanie Meylan

La feuille de Bourg-en-Lavaux
4 décembre 2012

Nadia Cuénoud, couture et costume

Arrière-arrière-petite-fille de François-Henri Cuénoud, Nadia installe son atelier dans le magasin de ses ancêtres, propriétaires du vieux clocher à Cully depuis 1856.

Fief de la famille Cuénoud depuis plus de 150 ans, le magasin qui fait l’angle du «Goulet» et de la rue Davel a d’abord abrité le polyvalent barbier, tailleur de bois de «socques», vendeur de tabac, de vêtements et de produits pour la viticulture, puis plusieurs générations d’épiciers-quincaillers.

Aujourd’hui c’est Nadia, la fille cadette de Charly et d’Anita Cuénoud, qui reprend l’enseigne et ouvre à nouveau l’accès à la Chapelle peinte, avec une activité autrement particulière.

Sa formation est une mosaïque d’expériences dans le monde du théâtre, du cinéma, de la télévision et de la danse. Au départ un cours de scénographie en Italie, puis différents stages en Haute couture, au Grand Théâtre de Genève, à Rome et à New York, ainsi que des cours de broderie et de coupe, l’ont amenée à collaborer à des projets d’envergure. Notamment, elle part en tournée pendant deux ans avec le Ballet Béjart à la fin des années 80. Elle crée des costumes pour la compagnie Philippe Saire ou pour les pièces de Philippe Mentha, Denis Maillefer et Yvan Schwaab, pour le cinéma dans «Rouge» de Kieslowsky, récemment pour «Le nez dans le ruisseau» de Christophe Chevalier et de nombreuses années pour des téléfilms de la RTS.

Une approche personnalisée aux thèmes abordés selon chaque commande est nécessaire et fait de sa profession un terrain de découvertes sans cesse renouvelé. La costumière doit commencer par faire des recherches iconographiques se rapportant au sujet, puis aux matières, enfin à leur patine en cas de vieillissement.

Ce fut le cas lors de l’élaboration des costumes des vingt et un personnages du Panorama Bourbaki à Lucerne, projet qu’elle a mené à bien pendant plus d’une année. Les costumes de type historique sont parfois portés pour le tournage d’un film ou lors d’une pièce de théâtre puis sont exposés en musée. Elle a créé deux costumes pour le documentaire projeté au Musée et Chiens du Saint-Bernard à Martigny qui y sont présentés maintenant en permanence. Pour l’exposition «A tribute to Audrey» parallèlement au spectacle «Something for Audrey», elle réalise le fac-similé de la robe mythique portée par Audrey Hepburn dans «Diamants sur canapé» en 1961, dessinée alors par le styliste Hubert de Givenchy.

Outre son talent pour le costume de scène, Nadia aime créer et coudre tout simplement. Elle accueille avec plaisir une clientèle privée pour des réalisations sur mesure, propose également différents modèles ou objets inspirés entre autres de sa collection de vêtements et d’accessoires vintage.

Texte: Carmilla Schmidt